- MOTHERWELL (R.)
- MOTHERWELL (R.)MOTHERWELL ROBERT (1915-1991)Peintre américain «expressionniste abstrait» de la première vague new-yorkaise. Robert Motherwell est considéré comme l’un des artistes les plus lucides et les plus cultivés de sa génération. Il est de formation philosophique. Chez lui, la réflexion précède ou accompagne toujours l’acte créateur. Tout au long de sa carrière, il n’a cessé de mener de front son œuvre picturale et un important travail de théorisation qu’il transmet par ses écrits et par son enseignement: fondateur avec John Cage et Harold Rosenberg, de la revue Possibilities , en 1947, il est aussi l’éditeur des Documents of Modern Art ; il enseigne, d’abord, à l’école The Subjects of the Artist, école fondée en 1947 avec Baziotes, B. Newman et Rothko, puis à partir de 1949, à la Robert Motherwell School of Fine Arts. Une thèse sur les théories esthétiques de Delacroix, une profonde connaissance de la culture française, principalement celle des poètes et des écrivains symbolistes, des affinités particulières avec la lumière méditerranéenne, et la découverte du surréalisme sont à la base de son langage. Considérant l’automatisme en tant que projection du subconscient, comme l’élément essentiel de la création formelle, il oppose dans le sens décrit par Freud les forces vitales à l’instinct de mort. Dans la série des Élégies pour la République espagnole , groupant plus de cent toiles élaborées à partir de 1946 (Albright Knox Art Gallery à Buffalo; Museum of Modern Art, New York; Cleveland Museum of Art), les formes solides, taches ou coulées, grandes traces libres et amples, sont réduites à leur expression la plus simple. Elles sont élaborées tout d’une traite, dans une effervescence de pâte grave et pesante accentuée par le seul affrontement du noir et du blanc. L’artiste donne à la vie une dimension tragique et élabore un monde de signes en perpétuel devenir. Comme l’écrit Barbara Rose (L’Art américain depuis 1900 , Bruxelles, 1969), «la réconciliation des contraires, l’une des caractéristiques de l’expressionnisme abstrait [...], la lutte pour établir un équilibre entre les éléments contradictoires — le conscient et l’inconscient, le sentiment et l’intellect, la structure et la relâche, la liberté et la nécessité — constituent le fondement de l’effort de Motherwell». Dans les collages (Le Sacre du printemps , 1975; La Tour , 1977-1979) et dans ses œuvres les plus récentes (Open Series , commencées en 1967; Dans la forêt verte , 1976), Motherwell tend, avec moins d’agressivité et une réduction extrême des moyens plastiques, vers un monde aéré qui invite le spectateur à la méditation, celle des principes de l’harmonie universelle, selon Mondrian, mais aussi celle de la méditation propre au zen, auquel le peintre s’intéresse depuis quelques années.
Encyclopédie Universelle. 2012.